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Les agences font leur examen de parité

11/10/2018 - par Amaury de Rochegonde

Une étude de l’AACC menée auprès de 957 salariés en agences montre des divergences d’aspirations entre les hommes et les femmes. Là où elles recherchent de la reconnaissance, ils n’hésitent pas à réclamer de l’argent. Radiographie d’une parité.

Marie-Catherine Dupuy, le D de BDDP, se souvient de cette réunion internationale à TBWA où les représentants des grands pays décident de former un groupe sous le nom de « band of brothers ». Mercedes Erra, le E de BETC, se rappelle avoir été la seule femme sur 40 dans un forum sur l’Afrique ou de ne voir « que des filles » lors d’une semaine de l’équilibre au travail. Alors que la loi « pour la liberté de choisir son avenir professionnel » a été promulguée le 5 septembre, avec ses mesures sur «l’égalité femmes-hommes», l’association des agences conseil en communication (AACC) publie ce jeudi 11 octobre une étude sur les réalités, les déficiences et les attentes dans les agences en matière de parité.

Disparité d'aspirations

Premier constat, sur 957 répondants au questionnaire de l’AACC, près de 72% sont des femmes (alors que les effectifs des agences sont féminins à 53%). «Preuve que ça reste un sujet aux yeux des femmes et pas tellement aux yeux des hommes», note Fabienne Cammas, directrice générale de l’agence Babel. Pourtant, par nature, cela devrait concerner tout le monde». Ensuite, on constate une disparité d’aspirations entre les sexes. Si les hommes comme les femmes mettent au-dessus de tout la nouveauté et la variété des tâches ainsi que le plaisir au travail, les premiers assument avoir comme troisième critère l’argent là où les femmes expriment un besoin de «reconnaissance» (voir graphique). «Reconnaissance et argent vont ensemble, l’un ne va pas sans l’autre. Le salaire doit être une preuve de reconnaissance. La loi va dans ce sens», proteste Marie-Catherine Dupuy, qui rappelle que tout au long de sa carrière, elle a été moins bien payée que ses associés.

Genre et salaires

Les choses sont-elles en train de changer dans des entreprises que l’on peut penser ouvertes aux évolutions de société? Pas, en tout cas, aux yeux des femmes en agences qui sont 66% à juger que le genre a un impact sur les salaires, 62% à penser que leur sexe influe sur les progressions de carrières et 44% à trouver difficile de demander une hausse de rémunération.Quant au management, il révèle des comportements différents suivant que l’on est d’un sexe ou de l’autre, tout au moins aux yeux des femmes qui sont 64% à le penser contre 47% chez les hommes. Si les remarques sexistes sont pointées du doigt autant par les femmes (51%) que par les hommes (57%), on note une grande différence d’appréciation sur l’incidence du genre dans la relation professionnelle: 30% d’entre elles perçoivent un «manque d’écoute et de considération» de la part de leur management alors qu’ils ne sont que 8% dans ce cas. «Cela mérite notre attention, souligne Edouard de Pouzilhac, président de 5ème Gauche, elles ont le net sentiment que les managers les considèrent moins bien. Parfois, on n’est pas suffisamment vigilant aux attentes des femmes. Elles attendent qu’on vienne leur dire qu’elles font un travail formidable et méritent une augmentation. Un homme, il vient vous voir et c’est plus cash!». Ce patron d’agence, qui compte 65% de collaboratrices, loue d’ailleurs les qualités que les femmes se reconnaissent au travail: «Plus à l’écoute, plus empathique et plus de sens du collectif… C’est très vrai et un bénéfice précieux pour une entreprise digitale où l'on est obligé de travailler en groupe.»

Déséquilibre de la charge mentale

Bien sûr, les agences n’échappent pas non plus au déséquilibre de la charge mentale, même s’il faut noter que la gestion de la vie quotidienne est assumée à parts égales par 43 et 45% des répondants. Pour 46% de femmes, cette charge leur incombe d’abord, ne serait-ce que pour s’occuper des enfants. Cela a des conséquences sur les progressions de carrière, même si la prise de conscience n’est pas toujours là: «Les femmes de 35 ans refusent de voir le plafond de verre, affirme Fabienne Cammas, elles pensent que ce n’est pas un sujet, que quand on veut on peut. Elles ne voient pas l’auto-limitation que subissent les femmes.»C’est surtout dans les fonctions exposées à des horaires à rallonge, que les différences peuvent se faire le plus sentir. «Dans les agences, il ne faut pas compter son temps et en même temps, il y a un certain confort – on n’est pas fliqué sur les horaires», constate Mercedes Erra. Serait-ce ce qui explique que le métier de directeur de la création soit si souvent occupé par des hommes? Les femmes ne se retirent-elles pas d’elles-mêmes de la course pour préserver l’équilibre entre leurs vies professionnelle et privé. En tout cas, 70% des femmes (56 % des hommes) considèrent que leurs horaires de travail sont une préoccupation pour elles. «Il faut cesser de dire que c’est un sujet de charme d’avoir des charrettes», exhorte Fabienne Cammas.

Télétravail plébiscité

Les solutions préconisées par les femmes vont d’abord à l’égalité salariale et la transparence des rémunération (33%), la parité dans les comex et une politique volontariste de recrutement (23%), davantage de reconnaissance professionnelle (17%), et enfin, de bonnes pratiques managériales et l’aménagement des horaires (13%). Le télétravail est plébiscité par 55 % des femmes contre 44% des hommes. L’AACC préconise déjà un mentoring des carrières à travers des masterclass afin que les femmes bénéficient de l’expérience de leurs pairs, notamment dans les métiers de directrice de la création. Les agences sont aussi invitées à ne plus organiser de réunion après 18h30 et à faire une évaluation annuelle de la perception de l’égalité femmes/hommes dans l’entreprise. Enfin, les DRH devraient être incités à faire un point sur la gestion de carrière avant la prise du congés maternité. 

 

 

Deux regards de dirigeantes

Mercedes Erra, présidente exécutive de Havas Worldwide et cofondatrice de BETC, et Marie-Catherine Dupuy, présidente du Club des directeurs artistiques et cofondatrice de BDDP, donnent leur vision de la parité.«Les hommes ne se rendent pas compte de la charge familiale. Quand un enfant est malade, qui s’en occupe ? En général, la mère. Les pères font des jeux avec les enfants. Les femmes s’inquiètent davantage des horaires car elles ont deux vies. C’est pourquoi elles n’interviennent pas dans les médias, au-delà du manque d’assurance : elles se disent qu’elles n’ont pas le temps. Les papas avec un enfant font un effort. Après, ils comprennent que le mieux est de s’occuper de leur carrière». M.E.«Il y a des nouveaux pères, mais la gestion de la vie familiale reste très féminine. C’est pourquoi il faut veiller à lutter contre les stéréotypes en allant dans les écoles de com et d’art pour aider à la prise en compte des déséquilibres et faire évoluer les mentalités». M-C.D.«Je suis pour un partage qui évite d’accentuer les inégalités. Si vous donnez trois mois de congés paternité, comme dans les pays du Nord, en disant que s’ils ne sont pas pris, ils sont perdus, le partage se fait. Dans les comex et les comités de direction, soyons volontaristes et exigeons autant de femmes que d’hommes». M.E.«J’ai été l’une des rares directrices de la rédaction dans les prix internationaux. J’ai constaté une autocensure des femmes. Le souci de l’équilibre entre vie pro et perso est un peu agaçant car il y a des métiers où tout s’imbrique. Un patron de la création doit être ouvert sur le monde, voir ce qui se passe dans les boîtes de nuit avec les jeunes. C’est vrai que ça demande énormément de temps. Quand il y a un tournage après minuit ou le week-end, on s’adapte… Il faut le vouloir, y aller et trouver ensuite des solutions. J’ai eu quatre enfants, Mercedes, cinq». M-C.D.«Pourquoi le métier de directeur de création est-il si masculin ? D’abord, parce que c’est chez les hommes qu’on trouve le plus de grandes gueules. Ensuite, car si les femmes ont envie de monter dans les échelons, elles n’ont pas que cette charge dans la tête. Pour les hommes, l’équilibre n’est pas un enjeu. Ils ne se disent pas qu’en travaillant, ils abandonnent leurs enfants». M.E.

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