La chronique de Patrice Begay

L'intelligence artificielle transforme déjà nos métiers, voilà pourquoi il faut la considérer comme une alliée.

Encore inconnu du grand public il y a moins d’un an, ChatGPT est aujourd’hui sur toutes les lèvres ! Pas un jour sans que les médias, les réseaux sociaux, les revues spécialisées… ne mettent en lumière l’impact des intelligences artificielles génératives dans tous les domaines, de la médecine à la communication, des arts visuels à la rédaction de discours.

De quoi parle-t-on ? Dans la (grande) famille des intelligences artificielles, les I.A. génératives prennent appui sur des quantités colossales de données qui sont exploités par un algorithme. Sur requête de l’utilisateur, une base de paramètres permet ainsi de générer du texte, avec ChatGPT ou Bard, des images avec Midjourney ou encore de la vidéo avec Runway.

Les IA génératives sont entrées dans notre quotidien : d’après le sondage Talan-Ifop d’avril 2023, 71 % des Français en ont déjà entendu parler et 45 % des 18-24 ans y ont recours.

Elles bouleversent aujourd’hui de nombreux métiers, en particulier dans le domaine de la communication. Quelques exemples : le nouvel outil remplissage génératif d’Adobe Photoshop permet de générer des images de très haute qualité à partir d’une simple phrase, composée sur un clavier. D’autres outils comme tome.app permettent de produire en quelques clics des présentations PowerPoint attrayantes.

Les I.A. génératives ouvrent également des opportunités extraordinaires en termes de formation : des applications de langue comme Babbel ou Duolingo intègrent dès aujourd’hui ce type d’I.A. dans leurs cours.

Pour de nombreux salariés, elles sont également synonymes de gains de productivité : ainsi, le nouvel outil Copilot développé par Microsoft peut synthétiser une réunion à laquelle l’utilisateur a assisté, en soulignant les points saillants, puis d’envoyer son résumé par e-mail aux participants.

Gains de productivité… mais destructions de postes ? Les I.A. génératives sont ainsi soupçonnées de menacer de nombreux emplois, jusqu’à 300 millions selon une étude publiée par Goldman Sachs en mars 2023. Particulièrement visés : les interprètes, certains métiers de la finance… mais aussi les journalistes ou les concepteurs de sites internet.

Face à ces craintes, j’aimerais rappeler qu’un emploi est rarement mono-tâche ! À titre d’exemple, si une I.A. peut générer rapidement des images, elle doit néanmoins s’appuyer sur des instructions précises pour produire des illustrations de qualité. Et pour ce faire, des professionnels comme les graphistes, les designers… conservent toute leur pertinence. Plus largement, une I.A. générative sera inopérante si elle ne reçoit pas d’instructions claires. Ces I.A génératives ne remplacent pas les humains, dont on aura toujours besoin !

Par ailleurs, si certains postes de travail devront s’adapter à l’émergence des I.A. génératives, ces dernières peuvent aussi générer de nombreux emplois, tels que les coachs pour robots ou chatbots, les géomaticiens, les psydesigners… Une étude réalisée par Dell et le think tank l'Institut du Futur va jusqu’à annoncer que « 85 % des emplois de 2030 n'existent pas encore aujourd'hui ». Enfin, si les I.A. génératives sont d’un usage relativement facile, leur implémentation dans des organisations donne lieu à des chantiers souvent complexes… avec à la clé un surcroît d’activité pour des secteurs comme les entreprises de services numériques ou les cabinets de conseil ! Au bout du compte, les I.A. génératives créent de la valeur : la plupart des experts s’accordent à reconnaître que ces technologies vont créer davantage d’emplois qu’elles n’en supprimeront.

N’ayons donc pas peur des I.A. génératives… mais interrogeons-nous sur la France ! Notre pays dispose certes de tous les talents scientifiques nécessaires pour être leader sur ce sujet. Manquent cependant les infrastructures et les projets opérationnels et entrepreneuriaux. Si nous ne voulons pas que notre pays passe à côté de cette révolution, ce sont tous les acteurs qui doivent se mobiliser, pouvoirs publics, entreprises, financeurs, chercheurs… pour faire naître les ChatGPT et Bard français !