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Architecture

«Un bon déménagement pour tout repenser»

05/01/2017 - par Clémence Duranton et Gilles Wybo

L’un est à la tête de l’agence de design Saguez & Partners, l’autre dirige BETC. Olivier Saguez et Rémi Babinet viennent de déménager leur agence respective pour révolutionner leur organisation. Explications.

Tous les deux, vous avez déménagé pour transformer votre entreprise…

Olivier Saguez. Il n’y a rien de mieux qu’un bon déménagement pour tout repenser, modifier la vie d’une société. Cela faisait sept ans que j’y pensais. Ce n’est pas seulement un projet immobilier, de design, il s’agit d’engager l’entreprise dans le futur, de redéfinir l’organisation, comment l’on veut et l’on va travailler dans le futur. Je voulais trouver un lieu ouvert sur l’extérieur, sur la ville, pour sentir son énergie. Je souhaitais aussi vivre là où est en train de s’inventer la vie de demain, dans un quartier populaire en pleine transformation. Il y a tout cela dans la Manufacture du design que nous avons installée dans les docks de Saint-Ouen [Seine-Saint-Denis]. Nous sommes arrivés il y a deux mois avec les 150 salariés de l’agence.

Rémi Babinet. J’avais envie de transformer l’entreprise. Jusqu’ici, les différentes entités de BETC et les 900 salariés étaient éparpillés sur un trop grand nombre de sites différents, sept en tout. J’ai découvert l’immeuble des anciens Magasins généraux de Pantin [Seine-Saint-Denis également] il y a huit ans. L’histoire de ce bâtiment était un élément important pour moi: je voulais que l’on s’inscrive dans le passé du quartier, dans cette continuité. Si l’aspect financier a été un des paramètres du déménagement, c’est loin d’être le seul: choisir ce quartier en pleine mue, qui préfigure le Grand Paris, c’est s’installer au cœur de l’innovation de demain.

Une agence, ce n’est pas une entreprise comme une autre?

O.S. Nous travaillons pour la vie des gens pour aujourd’hui et pour demain. Le pire serait d’être loin du terrain, déconnecté, il faut être sur son terrain d’expérience. Ce nouveau lieu devait être un lieu d’inspiration pour notre métier: il y a du vent, de l’air qui circule, un regard sur la ville. Cela nous fait nous évader. Je crois à la force des lieux où l’on écrit une lettre d’amour. Je crois à l’évasion. Le pire pour moi, c’est l’ennui au travail. Construire un lieu de qualité en termes d’espace, de lumière, d’acoustique… Le fil rouge de notre nouvelle Manufacture du design, c’est le côté tropical, avec un jardin de ce type au centre.

R.B. C’est un projet d’architecture et de design lié au projet de transformation. Dans une agence comme la nôtre, la création et l’innovation sont des facteurs de compétitivité clés. Une façon pour nous de participer à un changement de perception et de réalité de l’entreprise, et aussi de perception des marques.

Ce nouveau lieu correspond aussi à une nouvelle organisation du travail…

O.S. J’ai créé la société autour de mon nom. Aujourd’hui, nous devons écrire une nouvelle page de notre histoire en étant dans un mode collaboratif. Les sujets sur lesquels nous planchons demandent de la collaboration. La réponse ne peut plus être «je», mais «nous». Le lieu doit favoriser l’hyper-relationnel. J’ai prévu des salles où l’on se réunit pour un quart d’heure, d’autres pour une demie-heure et plus… Dans tous les cas, je suis parti des usages. S’engager dans un tel projet peut être risqué: cela demande beaucoup d’énergie, d’argent et de temps. Avec ces nouveaux bureaux, j’attends entre 10 et 20% de gains d’efficacité, pas de productivité, et que ce nouvel espace force l’envie de travailler en commun. Dans le même temps, j'ai créé un comité de direction opérationnelle de 41 ans de moyenne d’âge, composé de trois directeurs de création associés et de trois directeurs conseil associés.

R.B. On doit favoriser la collaboration, d’où l’idée de rassembler en un seul site des expertises très différentes: luxe, production, design, etc., qui étaient jusqu’ici dispersées géographiquement. Cela accentuait l’effet de silos. Il doit y avoir un croisement entre expertises et collaborations, avec la liberté totale d’occuper tout l’espace de l’entreprise. Tout le monde est en «flex-office» et n’a donc pas de bureau attribué. Chaque soir, les bureaux sont vidés, les salariés n’ont pas d’autre choix que de changer. Ils bénéficient de casiers et il nous a fallu deux ans pour concevoir l’application générale, une application mobile qui nous permet de nous géolocaliser, si on le souhaite, et de savoir quelles sont les réunions en cours, les salles disponibles, celles réservées…

Les agences doivent devenir aussi attractives que les Gafa?

R.B. Le marketing du cool de Facebook et Google, il nous a été servi et «re-servi». Avec Olivier Saguez, nous avons un point commun: nous ne sommes pas dans cette quête de locaux «qui claquent», mais finalement n’apportent rien à l’entreprise. Nous cherchons juste à améliorer le fonctionnement d’une agence de création publicitaire, pour nous, et de design, pour Saguez & Partners. Nous sommes sensibles à la beauté, au mélange de fonctions et d’apparences. Nous ne sommes pas culturellement dans le même registre que les Gafa: on est dans l’amélioration du travail, c’est-à-dire être plus efficaces et que les gens fonctionnent mieux ensemble. Il y a une vraie compétition avec les géants américains, mais nous n’avons pas les mêmes forces, nous sommes en prise avec cette mutation du monde digital. L’espace de travail est une des armes que l’on peut leur opposer, d’autant que nos locaux sont très ouverts, contrairement au siège d’Apple, par exemple, qui est un lieu autarcique.

O.S. Nous concevons sept ou huit bureaux par an pour nos clients. Je refuse de faire l'énième toboggan ou baby-foot qui ne sera jamais utilisé. Ce sont des gadgets qui ne servent pas. Il faut imaginer des lieux qui sont justes, utiles, fonctionnels, vivifiants et inspirants. Nos nouveaux bureaux ne me servent pas à attirer des talents, mais à créer un esprit d’entreprise. Il y a tellement d’espaces qui ne respirent rien. Je crois beaucoup à l’esprit campus: nous avons installé une école au rez-de-chaussée, qui va ouvrir en février. Nous recevons aussi de nombreux clients à la journée grâce à notre espace de réception, toujours au rez-de-chaussée.

Quel bilan tirez-vous de ce déménagement?

R.B. Il faut attendre un an pour dresser un vrai bilan, donc rendez-vous en septembre. C’est une expérimentation dont nous attendons le meilleur, même si on n’a pas encore trouvé la forme définitive, l’organisation idéale. C’est une version 1, le modèle sera modifié en fonction de l’expérience en cours. Mais il est certain que le changement est très dur, même pour moi. C’est aussi un problème générationnel, les jeunes vivent mieux la nouvelle organisation.

O.S. Cela fait deux mois que nous avons emménagé. Autour de l’agence, c’est encore le chantier. Mais être installé dans un endroit non fini est intéressant par rapport à notre métier. Le quartier sera formidable dans deux ou trois ans. Le changement, c’est bon pour la créativité, mais il doit être confortable. Au fur et à mesure, nous corrigeons les petits désagréments. Depuis le déménagement, j’effectue une tournée des lieux chaque vendredi et j’ai découvert des gens que je ne connaissais pas.

Pourquoi la question de l’espace de travail est aussi centrale aujourd’hui?

R.B. Toute entreprise doit s’interroger aujourd’hui sur son environnement de travail pour être dans le mouvement, portée par le dynamisme actuel. Le cadre de travail et son organisation sont des clés en termes de vitesse pour l’entreprise, d’adaptation… Même les banques devraient se poser la question de repenser leur espace de travail avec le digital.

O.S. Dès 7 heures du matin, tout le monde reçoit des e-mails, résultat, je pense, que la sphère privée doit arriver au bureau. Du coup, j’ai créé de nouveaux services pour les salariés: un «click & collect» pour qu’ils puissent se faire livrer leurs commandes web, une salle de sport avec un coach et un petit déjeuner gratuit tous les matins.

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