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Politique

Ce que Macron veut changer dans la com et les médias

11/05/2017 - par Amaury de Rochegonde, avec Alain Delcayre et Gilles Wybo

Le nouveau président de la République a à cœur de «libérer les freins de la croissance» et «les énergies créatives». Cela se traduit par un programme de réformes dans la presse, l'audiovisuel, la publicité et le numérique. Revue de détails.

Le 3 mai, pour la Journée mondiale de la liberté de la presse, le secrétaire général d'En marche, Richard Ferrand, a arraché un peu de temps à sa campagne du second tour pour se rendre à la Maison des journalistes, haut lieu de l'accueil des plumitifs en exil. «Continuez à nous irriter, déclare-t-il devant le secrétaire général de Reporters sans frontières, Christophe Deloire, car elle est là la liberté.» Marc Schwartz, le responsable culture et médias du mouvement d'Emmanuel Macron, rappelle cet épisode révélateur du positionnement du nouveau président. «C'est une affirmation très forte que le président sera le garant d'une liberté fondamentale», estime ce conseiller-référendaire à la Cour des comptes, médiateur du Livre et auteur de rapports sur France Télévisions comme sur les plateformes de streaming. Sont bannis tant les attaques contre les médias, dont ne se sont pas privés certains de ses rivaux, que la consanguinité souvent pointée entre les hommes politiques et les journalistes. «Quand je vous dis que, pour moi, un président préside et que j'aurai justement cette distance avec la vie médiatique, c'est que je considère que le problème des derniers quinquennats a été une trop grande proximité avec les journalistes. En particulier quand on préside, on n'est pas le copain des journalistes», avait déclaré l'alors candidat à L’Emission politique de France 2, le 20 avril.

Des fondations pour les entreprises de presse

Dans son «contrat avec la Nation», Emmanuel Macron affiche plus globalement sa volonté de mettre au cœur de son projet «la liberté d'expression, d'entreprise et de création». Le nouveau chef d'Etat ira-t-il jusqu'à renforcer le secret des sources et le statut des lanceurs d'alerte? Il est en tout cas favorable à l’éducation à l’information pour lutter contre les «fake news» et à la loi Bloche sur l'indépendance des rédactions, qui impose l'élaboration d'une charte éthique aux médias avant la fin juin 2017. Et il souhaite aller plus loin en offrant aux entreprises de presse la possibilité d'adopter un statut de fondation «pour dissocier le pouvoir de gestion de celui de l'actionnaire». Du côté d'Emmanuel Macron, pas de limitation de la part capitalistique des industriels dans les médias, comme chez Benoît Hamon – «Je préfère une presse qui survit à une presse qui meure», indique Marc Schwartz – mais la volonté de renforcer la loi Bloche par un système de «trust» à l'anglo-saxonne, au moins pour les grandes entreprises.

Concernant encore les éditeurs de presse, le représentant d'En Marche annonce un projet de loi en faveur du droit voisin, sans attendre la directive européenne, contre l'utilisation frauduleuse des articles au mépris du droit d'auteur sur internet. L'objectif n'est pas de faire payer les moteurs de recherche, précise-t-il, dès lors qu'un Google Actualités entre dans le droit de citation à travers la reprise d'un court texte de présentation, mais plutôt de viser les agrégateurs-robots qui repackagent des articles pour les faire payer à des entreprises. Enfin, les aides à la presse devront continuer d'être orientées sur l'information, la connaissance et le savoir ainsi que sur la transition numérique.

Nouvelle gouvernance et rapprochement dans l'audiovisuel

Concernant l'audiovisuel public, le nouveau président s'attachera à réécrire le cahier des charges et à clarifier les missions de service public. Une importante réforme vise ainsi la gouvernance des entreprises audiovisuelles du secteur, jugée «dysfonctionnelle». Explication de Marc Schwartz: «Ce n'est pas au Conseil supérieur de l'audiovisuel de nommer les présidents des groupes publics. La loi va faire évoluer le mode de nomination des PDG de l'audiovisuel public en confiant ce soin aux conseils d'administration. Cela confortera l'indépendance des entreprises et on veillera à élargir la composition de ces conseils de façon à les rendre plus ouverts sur les chefs d'entreprise ou des personnalités européennes.»

De plus, un «rapprochement des sociétés audiovisuelles publiques pour une plus grande efficacité d’ensemble» est annoncé. «Cela peut prendre la forme de synergies, de projets communs [sur le modèle de Franceinfo] et éventuellement aller plus loin. Ce sera aux responsables de l’audiovisuel public de faire des propositions», estime Marc Schwartz. Les synergies doivent-elles aller jusqu’à un holding commun à France Télévisions, France Médias Monde, Radio France, l’INA et Arte? «L’éparpillement des moyens affaiblit, ce n’est pas en se dispersant qu’on se renforce. Ce dossier sera ouvert sans tabou. Nous avons la volonté de conforter les médias de service public», répond le représentant d’En Marche. Emmanuel Macron avait lui-même évoqué dans son programme la nécessité de concentrer «les moyens sur des chaînes moins nombreuses mais pleinement consacrées à leur mission de service public» et «d’accélérer la transformation numérique» du secteur public de l’audiovisuel.

La publicité et la production sans tabou

Sans tabou sera également l’examen des moyens de la télévision. Une simplification de la réglementation est annoncée sur les secteurs interdits de publicité par un décret de 1992. «Emmanuel Macron veut lever les freins à la croissance et libérer les énergies créatives, explique Marc Schwartz. Cela se traduit par la volonté de simplifier la réglementation dans la publicité, la production ou le financement.» Si l’interdiction de la publicité TV pour le cinéma et l’édition peut se justifier par souci de défendre la diversité culturelle face aux blockbusters, selon le responsable d’En Marche, il n’en va pas de même pour la grande distribution, dont la communication sur les petits écrans est déjà partiellement autorisée. Et des réflexions seront engagées sur le parrainage, le placement de produit ou la place de la publicité dans le secteur public, proscrite après 20 heures pour France Télévisions.

De même, la réglementation sur la production née des décrets Tasca de la fin des années 1990 a sans doute vieilli, comme en témoignent les accords producteurs/diffuseurs signés entre les syndicats professionnels et France Télévisions, TF1 ou M6. «On peut peut-être revoir certains aspects de la réglementation pour un développement accru du secteur», ajoute Marc Schwartz, qui souhaite «une concertation dans la profession». De même, il estime que les discussions autour de la chronologie des médias sont arrivées à un point de blocage. «Il faut que l’ouvrage soit remis sur le métier dans le cadre d’une discussion interprofessionnelle», indique-t-il. Sans remettre en cause les fondements de la réglementation que sont la priorité à la salle ou les fenêtres de 36 mois ou 48 mois, il s’agit de créer «davantage de souplesse» en préservant un équilibre entre les intérêts des producteurs indépendants et ceux des diffuseurs.

Le chantier du numérique pour tous

Côté numérique, Emmanuel Macron est assez volontariste. Tout en luttant contre le piratage et en maintenant Hadopi, il est favorable à un «Netflix européen», permettant de mieux exposer les films et les séries du continent. D’une manière générale, il s’est engagé à rétablir l’équité en soumettant à l’impôt et aux mêmes obligations de diffusion des œuvres les plateformes numériques. En portant le combat au niveau européen, il souhaite un meilleur partage de la valeur au profit des industries créatives et culturelles.

Mais pour l’ancien ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique, il s’agit aussi de favoriser l’investissement dans l’innovation à travers un cadre fiscal adapté – comme un ISF recentré sur l’immobilier. Sur le plan de la couverture en très haut débit de l’ensemble du territoire, l’objectif est d’arriver à éliminer les zones blanches d’ici la fin du mandat, notamment en incitant les opérateurs à doubler le nombre d’antennes mobiles. Il s'agit aussi de moderniser les services publics. «Dans le cadre du grand plan d’investissement de 50 milliards d’euros sur cinq ans pour l’innovation, la transition énergétique, etc., 5 milliards seront consacrés à la transformation numérique de l’Etat», ajoute Mounir Mahjoubi, directeur de la campagne numérique d’En Marche et ancien président du Conseil national du numérique.

Mais c’est surtout sur le plan de la transparence des données privées – avant le règlement européen annoncé pour mai 2018 – qu’Emmanuel Macron se montrera un homo numericus. L’ancien ministre a à cœur de renégocier au niveau européen le «privacy shield», le bouclier de protection des données UE-Etats-Unis. Et il se soucie de l’internaute. «Nous proposerons la mise en en place d'une Agence européenne pour la confiance numérique, chargée de réguler les grandes plateformes numériques pour garantir la protection des données personnelles et la loyauté de leur fonctionnement», ajoute Mounir Mahjoubi. Last but not least, c’est un nouvel effort de transparence des institutions publiques que promet le mandat d’Emmanuel Macron. «Nous allons accélérer dans l’open data et passer à l’étape suivante: donner accès à des données nouvelles, en live», conclut le directeur de la campagne numérique d’En Marche. 

L'avis de Vincent Leclabart, président de l’Association des agences-conseils en communication

«Dans le cadre de France Créative [regroupement des acteurs de toutes les filières des secteurs culturels et créatifs], j’ai eu l’occasion d’échanger avec Emmanuel Macron, et il faut bien dire que c’est la première personne du monde politique que j’ai rencontré qui soit favorable à notre profession. Il est très ouvert à nos métiers comme effets de levier pour l’économie. C’est sous son impulsion qu’une filière d’avenir a été lancée dans la communication, et c’est une très bonne nouvelle. (…) Nous avons transmis à l’équipe du candidat une demande destinée au futur gouvernement pour que la publicité soit à l’avenir rattachée à Bercy et non plus au ministère de la Culture. Et ce, afin d’avoir enfin des interlocuteurs qui s’intéressent à ce que nous faisons. Concernant la loi Sapin 2, par exemple, Bercy a été plus libéral que le ministère de la Culture, qui a les médias sous sa tutelle. (…) Quant à la simplification des réglementations régissant la publicité, on peut espérer des améliorations au travers de discussions à venir entre le prochain gouvernement et la filière Communication.»

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