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Médias

Elle court, elle court la rumeur

13/03/2017 - par Amaury de Rochegonde

Hoax, fake news, théories du complot... La rumeur s'invite aujourd'hui sous diverses formes sur les réseaux sociaux et internet. Les rédactions s'organisent en tentant de lui tordre le cou avec l'appui imparfait de Google et Facebook.

De Washington à la Suède de Trump –avec son attentat terroriste imaginaire–, d’Emmanuel Macron gay au pizzagate, la rumeur s'est emparée de nos espaces et cyber-espaces. La défiance vis-à-vis des médias est aujourd’hui telle que des fausses infos fantaisistes ou mal intentionnées (Ali Juppé, Farid Fillon…) deviennent presque, par la grâce de Google et des réseaux sociaux qui les mettent sur un même plan, des «faits alternatifs», selon l’expression du président américain. Les médias introduisent même, selon les spécialistes, un «biais de confirmation»: «S’il y a dix rumeurs et qu’ils n’en parlent pas, c’est qu’ils font partie du complot», a résumé Patrick Eveno, professeur à Paris 1 lors d’une réunion du Geste, le 22 avril.

Devant l’ampleur des «fake news», réseaux sociaux et groupes médias commencent à réagir. Non, un prêtre n’a pas été récemment agressé. Oui, c’est un bien un faux compte Twitter de François Fillon qui a annoncé le retrait de sa candidature. Soutenus par le Google News Lab et le réseau First Draft, 37 médias français ont créé le 28 février la plateforme collaborative Cross Check en vue de l’élection présidentielle. Le principe: «Travailler ensemble pour donner des informations authentiques», affirme le site qui invite les internautes à lui soumettre de prétendues informations. «L’idée est de mettre en commun des contenus signalés comme douteux et de les remettre dans le système de façon à ce qu’ils aient la même viralité», assure David Dieudonné, responsable News Lab de Google France.

Trier le vrai de l'info

Ce sont ainsi 250 journalistes, notamment de la presse régionale, qui peuvent partager leur connaissance des faits et leur travail de vérification. Celui-ci n’est publié sur le site Cross Check que dès lors qu’il est validé par au moins deux rédactions. C’est le même principe pour Facebook depuis le 6 février: «Lorsqu’une publication sera qualifiée de fake news par deux des organisations partenaires, elle ne sera pas censurée, mais signalée par un pictogramme, a expliqué Laurent Solly, directeur général de Facebook France. Ce contenu ne sera plus affiché en priorité et ne pourra plus être monétisé.» Huit grands médias français (AFP, France TV, France 24, BFM TV, L’Express, Le Monde, Libé et 20 Minutes) auront ainsi pour charge d’invalider les contenus dans une interface.

 Pas question pour Facebook d’assurer le rôle d’arbitre de l’information. Il a suffi que la plateforme soit accusée de favoriser Hillary Clinton pendant la campagne américaine dans ses trending topics pour que le géant fasse machine arrière. Depuis, le réseau préfère se voir reprocher d'entretenir des bulles de filtres ou de faire de l’argent avec des fake news-pièges à clics plutôt que d'apparaître partial sur son fil d’actualité. Mark Zuckerberg a annoncé qu’il explorait la façon dont l’intelligence artificielle pouvait aider à séparer les opinions de l’information. De la même façon, Google participe au repérage des rumeurs montantes mais ne touche en aucun cas à son ranking: le réseau complotiste Voltaire arrive ainsi en première page des résultats après la requête «11 septembre». «Google News indexe aussi des sites d’extrême droite, souligne Samuel Laurent, responsable des Décodeurs du Monde. La fachosphère a dix ans d’avance sur tout le monde.»

Ostracisme ordinaire

De leur côté, les rédactions ont développé depuis quelques années des équipes spécialisées dans la vérification des faits: les Décodeurs, donc, mais aussi Désintox (Libé), Les Observateurs (France 24), etc. Avec Décodex, Le Monde va un pas plus loin en proposant une extension de navigateur capable de certifier les pages de l’internaute. Des couleurs sont même établies pour marquer s’il s’agit de sites douteux, parodiques, avec de fausses informations ou dignes de confiance. Ce qui a conduit à de vives protestations de la part de sites ou de blogs qui refusent qu’un média s’arroge le droit d’en certifier d’autres. «On s’est fait taper dessus par tout le monde. Il y a beaucoup de colère et d’émotion qui passe par les réseaux sociaux», reconnaît Samuel Laurent, qui réfléchit à revoir ses codes couleurs et à montrer la séparation entre les faits et l’opinion qui n’est pas toujours évidente pour l’usager.

 «La rupture dans la fausse information date du 11 septembre 2001, explique Guillaume Brossard, qui anime Hoaxbuster. La théorie du complot n'a pas été prise en compte par les médias traditionnels et elle a pu prospérer.» Mais à l'heure où Internet est devenu le seul média qui compte, l'ostracisme importe peu, comme en attestent le succès des vidéos de Dieudonné. «Face à la vague qui enfle, nous médias sommes complètement impuissants», a souligné Éric Mettout, directeur adjoint de L'Express. C'est ce qui conduit Cédric Mathiot, créateur du Désintox de Libé en 2008, à prendre ses distances avec le démontage des rumeurs face à des sites d'extrême droite experts dans l'art de ressortir sur Google grâce à des références circulaires à travers des liens croisés. «On en revient au fact checking des propos des candidats à la présidentielle. Notre boulot, c'est plus ca que de réagir à la fachosphère.»

La stratégie de la mouche

Pour Samuel Laurent, du Monde, l'essentiel est donc de reconquérir de la crédibilité auprès du public. «Rumeurs, complots, infos fausses, on voit monter les gens qui les croient, assure-t-il, nous avons vu basculer une liste de militants sarkozystes vers le site Égalité et Réconciliation d'Alain Soral.» Mais comment faire? D'abord ne plus ignorer le phénomène. Mounir Mahjoubi, animateur de la campagne numérique d'Emmanuel Macron, constate que la rumeur qui parasitait le discours de son candidat s'est arrêtée net le jour où celui-ci en a parlé avec humour. Attention, prévient toutefois Pascal Froissart, maître de conférence en Sciences de l'information à Paris VIII, à bien être conscient de la technique de la mouche à l'oreille de l'éléphant dans un magasin de porcelaine. «Cela hystérise et finit par gagner plus de monde. C'est aussi, parfois, une stratégie de captage de l'attention sur des sujets parfaitement anodins qui en cachent d'autres plus dangereux...»

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