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Réseaux sociaux

Les médias sociaux prônent l’info sans filtre

19/02/2017 - par Delphine Soulas-Gesson

Face à la défiance envers les médias de nombreux Français, de nouveaux acteurs comme Brut ou Explicite se lancent sur les réseaux sociaux avec pour ambition de recréer un lien direct avec l’audience.

L’image bouge un peu, le son n’est pas très bon, mais le propos est fort, rare même sur une telle durée. Maya a 20 ans. Étudiante à Austin, au Texas, elle est en ce 20 janvier dans les rues de Washington afin de protester contre l’investiture de Donald Trump. Durant presque deux minutes trente, elle livre à la caméra son désarroi face à l’entrée à la Maison-Blanche de ce nouveau président des États-Unis si controversé.

«Dans une logique de télévision, j’aurai seulement gardé les 20 secondes où elle dit: “je ne pensais jamais voir autant de haine dans ce pays”. On aurait alors donné l’impression que cette jeune femme était en colère alors qu’en fait, elle est très calme. Ce qui remonte aujourd’hui à la télévision ne ressemble plus à la réalité», déplore Olivier Ravanello, l’un des 50 ex-journalistes de la chaîne I-Télé qui se sont rassemblés pour lancer mi-janvier Explicite, un nouveau type de média vidéo diffusé exclusivement sur les réseaux sociaux.

Deux mois plus tôt, un autre projet du même type avait vu le jour: Brut. «Notre ambition est de reconnecter une grande partie du public avec l’actualité, en leur parlant différemment, là où ils s’informent, c’est-à-dire sur les réseaux sociaux», résume Guillaume Lacroix, cofondateur de Studio Bagel et aujourd’hui de Brut. À ses côtés, le producteur de télévision Renaud Le Van Kim, Laurent Lucas, ancien rédacteur en chef adjoint du Petit Journal sur Canal+, et une dizaine de journalistes, dont Rémy Buisine, qui s’est fait remarquer par sa couverture sur Periscope des rassemblements Nuit debout au printemps 2016.

Démarche participative

Équipés de smartphones en guise de caméras, ils se rendent sur le terrain. Le ton est direct, les sujets très anglés et la démarche participative, loin des canons des chaînes d’info en continu. Ici, Brut nous emmène à la rencontre de Marie, lycéenne et SDF, là Rémy Buisine retransmet en direct sur Facebook Live sa soirée au QG de Benoît Hamon au soir du deuxième tour de la primaire à gauche. «Nous racontons l’actualité comme nous la voyons, à travers une approche très directe, en prenant en compte les questions que posent en temps réel les internautes», insiste Laurent Lucas, producteur éditorial de Brut. «Face au désamour entre de plus en plus de personnes et le monde médiatique, les journalistes doivent se mettre à la disposition des gens pour répondre à leurs interrogations. La parole a été trop longtemps confisquée», renchérit Olivier Ravanello.

C’est également partant de ce constat que le consultant Emery Doligé a lancé en novembre 2016, en partenariat avec France 24, Brutus, une émission politique nouvelle génération diffusée sur Facebook Live et sur le site de Free. D’Alain Juppé à Alexandre Jardin en passant par Yannick Jadot et Florian Philippot, l’invité a été mis sur le gril des questions du public et des internautes. «Nous offrons une nouvelle relation aux téléspectateurs. Ce n’est pas l’animateur qui fait ressortir les vérités ; les questions que je pose à l’invité sont celles des internautes», souligne Emery Doligé, qui revendique 250 000 vues en moyenne par émission.

«Mojo»

«Ces nouveaux médias, comme Brut ou Explicite, donnent de la visibilité à des expérimentations qui existent depuis quelques temps», estime Laurence Allard, maître de conférences en sciences de la communication à l’université Lille III. C’est ce qu’on appelle le mobile journalisme, le “mojo” pour les initiés, qui s’est construit sur les codes qu’ont fait émerger les réseaux sociaux, Snapchat en tête, comme la vidéo verticale, le mélange texte/images ou encore le sous-titrage. «Nous sommes entrés dans l’ère du scripto-visuel: le son n’est plus le facteur déterminant, de nouvelles formes de narrations sont inventées», ajoute la chercheuse, qui participait le 2 février aux premières Rencontres de la vidéo mobile, organisées à Paris par l’organisme de formation Samsa.fr.

Autre intérêt d’un tournage au smartphone, son moindre coût et «une inscription dans l’événement beaucoup plus discrète, qui facilite la prise de parole», note Laurence Allard. Quoi de mieux qu’un smartphone en effet pour décrocher au débotté la première réaction de Benoît Hamon après sa victoire aux primaires socialistes, comme l’a fait Rémy Buisine pour Brut.

Quid de la monétisation de ces nouveaux médias? Deux modèles s’affrontent: l’un publicitaire, l’autre financé par l’internaute. Brut et Brutus ont choisi le premier, avec dans le cas de Brut un partenariat qui vient d’être signé avec France Télévisions, qui devient sa régie publicitaire exclusive. Le potentiel est important: sur le seul mois de janvier, le dernier bébé de Renaud Le Van Kim revendique 25 millions de vidéos vues, avec pour objectif d’atteindre les 50 millions par mois d’ici la fin de l’année. De son côté, l’émission Brutus se monétise via des publicités pré-roll et post-roll diffusées sur le site de Free.

En pleine réflexion, Explicite, qui a conclu un accord de diffusion avec Yahoo, privilégie le modèle de l’abonnement. «La gratuité de l’information est en partie responsable du désamour des gens envers les journalistes. Cela finit par devenir un problème civique», estime Olivier Ravanello. L’ancien journaliste d’I-Télé se donne quelques mois pour attirer un ou deux investisseurs fort du million de vues totalisées en seulement deux semaines. Jusqu’à fin février, une opération de financement participatif est également menée sur la plateforme Kiss Kiss Bank Bank, avec pour objectif de rassembler 150 000 euros. Tout reste à inventer.

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