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Chronique

Facebook, la crise d’adolescence

14/02/2018 - par Stéphane Distinguin, président de Fabernovel

Je ne pratique pas les « coups de gueule » et je ne vous ai, ici, jamais pris en otage de mes convictions. Je suis, sans doute comme vous, fasciné par ces superpuissances G, A, F ou A, et je les admire, les remercie souvent de ce qu’elles nous ont apporté : le feu digital, des méthodes, des exemples à suivre, une convergence du rêve américain et de la victoire de David face à Goliath, une nouvelle pop culture aussi…
Mais ces dernières semaines, je considère que certaines limites ont été franchies par Facebook, et comme c’est le plus jeune des quatre et que son dirigeant n’a que 33 ans, je vais abuser de mon droit d’aînesse : Facebook et Mark, vous nous prenez pour des cons.
Pour #ChooseFrance, vous annoncez 10 millions d’euros pour soutenir l’intelligence artificielle en France. Le montant est discutable, on pourrait le considérer insultant et le mettre en perspective des impôts dont Facebook s’acquitte en Europe mais ce n’est même pas le sujet. Vous avez déjà réuni une équipe dirigée par notre Zinedine Zidane du domaine, Yann Le Cun. Quelle est l’ambition –pour 10 millions t’as plus rien– derrière cette somme ? Recruter nos experts ?

Cette « merde » qui « détruit nos sociétés »

Pas une semaine sans qu’un collègue entrepreneur m’explique les trésors de conviction et les câlins nécessaires pour garder ses ingénieurs, débauchés par la plateforme aux pouces bleus pour des salaires… parfois 3 ou 4 fois supérieurs au plus haut que nous puissions raisonnablement proposer. Après le syndrome NBA, je qualifie cette situation de syndrome du joueur de flûte de Hamelin. Ce troubadour moqué par les villageois qui pour se venger séduit tous leurs enfants et les emmène loin. Comme le petit chaperon rouge, il existe une fin où les enfants disparaissent et le village meurt de vieillesse, et une autre où tout le monde fait la fête à la fin sur la musique du joueur de flûte. Ici, la fin n’est toujours pas certaine mais se précise : nous voyons nos plus brillants éléments quitter nos écoles, nos organisations pour rejoindre de grands champions sans grand espoir de les voir revenir un jour : bien mieux payés, dans un cadre de travail que nous rêverions pouvoir leur offrir, sur des sujets critiques, pour des services utilisés par des millions parfois des milliards d’utilisateurs, comment les intéresser ? Vous allez me dire –et vous aurez raison : c’est bien fait et vous n’avez qu’à mieux réussir, d’ailleurs vous connaissez des contre-exemples et puis certains ne succombent pas à ces sirènes. Mais faut-il pour autant dire merci ?

Le pire, c’est que ce n’est pas mon seul grief. J’en ai gros sur la patate, vous l’aurez compris, et j’épanche trop de frustrations accumulées.

Les repentis me semblent obscènes. Le risque pris par une génération, celle de nos enfants, intoxiquée aux écrans est indéniable. Là encore, c’est notre faute. Mais lire des anciens piliers de Facebook nous expliquer qu’il faut protéger les plus jeunes, voire comme Sean Parker ou Chamath Palihapitiya regretter d’avoir contribué à cette « merde » qui « détruit nos sociétés » (et les a bien enrichis), c’est tout de même cocasse. Comme une impression que les réseaux sociaux, c’est la cigarette des années 1950 ou 1960, on fume partout, tout le temps, on tend sans mauvaise conscience des cigarettes aux gamins, et certains disaient même que c’était bon pour la santé. Les réseaux sociaux sont sans doute moins nocifs, mais comme pour la cigarette, il va falloir encore du temps avant que nous adoptions les bons usages, les bons comportements. C’est LE sujet et pour le coup Facebook l’a bien compris en incitant à un usage plus raisonné, moins compulsif, qui a d’ailleurs fait baisser son cours de bourse ce mois-ci.

Revenus en hausse, fréquentation en baisse

Ce n’est pas tout. Les fake news resteront l’événement des 18 derniers mois. Internet avait mis le complotisme « sous stéroïdes » comme on dit aux Amériques, mais les fake news, c’est la manipulation et le populisme au carré des milliards d’utilisateurs des réseaux sociaux, c’est tromper un milliard de fois un milliard de personnes.

Et la récente réaction de Facebook me semble hallucinante. Après avoir âprement négocié un équilibre précaire et tendu l’obole aux médias présents sur la plateforme qui y généraient « trafic » et « engagement », Facebook a décidé unilatéralement de changer ses algorithmes et de moins se mêler de ces affaires scabreuses d’informations… Les médias, les annonceurs sont donc appelés à aller poster ailleurs.

Depuis, et c’est une première, presque chaque jour, Facebook partage ses atermoiements : moins de médias mais plus de “local”, plus de lien et moins de contenu, de la confiance mais pas de bitcoin. Surtout, ses résultats trimestriels le laissent finir 2017 sur une situation paradoxale : des revenus en hausse de 47%, des utilisateurs plus nombreux de 14% (quand on compte sa base en milliards, cela reste fou) mais… chaque jour 50 millions d’heures de moins sont passées sur la plateforme aux pouces et aux cœurs…

Bref, « it’s complicated » l’adolescence, c’est l’âge des dilemmes et concilier business et vision, un peu comme si on mettait dans un seul corps, une seule tête, l’ONU, Wall Street et Star Wars… et qu’après le bac on te donnait le choix entre une orientation en licence Ghandi ou en BTS Picsou.

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