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L'actu vue par...

« Le créateur est devenu interchangeable »

06/12/2018 - par Amélie Moynot

Gilets jaunes, Cop24, la polémique Dolce & Gabbana... Catherine Jubin, fondatrice en 2001 de l’Association des professionnels du luxe, nous livre son point de vue sur l'actualité de la semaine écoulée.

L’impact des gilets jaunes et des débordements de samedi 1er décembre sur les entreprises.

Nous n’avons encore rien vu, si les choses se prolongent… À court terme, quelques marques ont perdu de l'argent, des vitrines ont été endommagées. S’il n’y avait que ça, ce ne serait pas très grave. Mais les images tournent en boucle sur les réseaux sociaux internationaux. Elles apportent une vision distordue de la réalité. L’image que cela donne est celle d’un pays en guerre. Les gens commencent à annuler leur voyage en France. Par ailleurs, ce qui est très dommage, c’est la légèreté de certains représentants du monde politique, médiatique, artistique ou business, qui se sont prononcés pour le mouvement. Ils devraient plutôt ouvrir des pistes de réflexion ; peut-être le font-ils. Il y aurait moins d’intérêt à attiser le mouvement qu’à se faire l’avocat des solutions.

 

L’ouverture de la Cop24 et l’engagement environnemental des marques de luxe.

Ce sera encore une réunion pour rien. Les grands de ce monde n’y sont pas. Ce qui illustre un manque de mobilisation collective sur le sujet. Sur ce terrain, le « vrai » luxe aurait une carte à jouer. Le cœur du sujet est la qualité. Si vous achetez un très bon produit, vous devez pouvoir le garder longtemps. Le luxe mène déjà des actions en matière d’environnement, sur l’optimisation énergétique des vitrines ou les emballages. Mais il pourrait mettre encore davantage l’accent sur la qualité. Avec un paradoxe à gérer et le risque de se tirer une balle dans le pied : la durabilité va de pair avec des taux de renouvellement plus faibles…

 

Les retombées de la polémique Dolce&Gabbana en Chine.

L’impact est assez désastreux pour eux. Leur chance est que la mémoire n’est pas la chose la mieux partagée du monde. L’affaire illustre la difficulté pour les Occidentaux à bien comprendre le marché chinois. Au départ, tout le monde s’y est précipité avec immodestie. On a du mal à anticiper, à comprendre réellement certaines réactions du public. Sans compter qu’avec les réseaux sociaux, tout va tellement vite. L’écueil des marques, c’est de s’appuyer sur des bons partenaires et des personnes capables de les alerter. Il ne faut pas tuer le côté provoc, mais agir avec beaucoup de prudence.

 

Les créateurs se lancent dans des shows.

Le créateur est devenu quelqu’un d’interchangeable. Sa personnalité s’efface derrière une marque. En même temps, il est starifié… Jean-Paul Gaultier ou Thierry Mugler ont un style ; quand vous portiez l’un de leurs vêtements, c’était reconnaissable immédiatement. Aujourd’hui, ces tempéraments, assez difficiles à contrôler, ont beaucoup moins de place dans la mode telle qu’elle est devenue, plus normative. L’envie de s’exprimer passe par ces shows. Christian Lacroix a toujours fait des costumes pour l’opéra ou le théâtre, il a toujours été proche de ces milieux. C’est un prolongement naturel de la création, alors que les critères de l’industrie sont de plus en plus commerciaux.

 

Célébration, le documentaire sur Yves Saint Laurent récemment sorti au cinéma.

Je rapproche ce sujet du précédent. Une nostalgie s’installe de la période un peu bénie des années 60 à 90, marquée par une certaine effervescence. Aujourd’hui, les effets de mode et la starisation prennent le pas sur la créativité. Tout ce qu'il se passe autour d’Yves Saint Laurent en est aussi le symptôme. Cela exprime la nostalgie d’un temps où le créateur avait une personnalité forte. La sienne est marquée par une élégance extraordinaire. Ses créations étaient extrêmement innovantes pour l'époque.

 

La Fondation Louis Vuitton épinglée par la Cour des comptes.

L’histoire pose la question du mécénat. Compte tenu de la législation française en la matière, beaucoup d’exonérations sont concentrées sur un petit nombre de grands groupes. En parallèle, les niches fiscales s’empilent. Cela contribue à nourrir l’idée qu’il n’y en a que pour les entreprises. Il faut tout remettre à plat. Les mesures sur le mécénat ont eu des effets pervers. En même temps, nous sommes contents d’avoir des entreprises qui peuvent proposer de très belles expositions. Un problème structurel sur lequel il convient de réfléchir.

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