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Chronique

Le bitcoin, une utopie à 700 milliards

11/01/2018 - par Stéphane Distinguin, président de Fabernovel

Plus de trois ans déjà que nous nous fréquentons ici. Cela fait quelques chroniques, des réflexions sur le « futur qui est déjà là », quelques prédictions quand le sujet s’y prête et que j’ai la forme. Je ne résiste pas au plaisir de reprendre celle d’il y a trois ans, consacrée au bitcoin : « S’il y a bien une prédiction pour 2014 qui ne s’est pas réalisée, c’est la promesse du bitcoin. Avenir de la finance et de l'e-commerce, nouveau paradigme digital, (...) révolution comparable à celle de l’informatique personnelle ou d’Internet. Fin 2014, au palmarès des plus mauvaises monnaies du monde et en dernière position, on retrouve… le bitcoin, qui vient d'atteindre un nouveau « très bas » à 160 dollars. (...) Mais… moi j’y crois, aussi, et je maintiens tout mon intérêt pour cet « objet » incroyable qui réunit le meilleur de la technologie, un idéal libertaire, des débats d’une qualité insoupçonnable sur les principes économiques sous-jacents et, last but not least, une genèse de légende, romantique, incarnée par un créateur mystérieux, Satoshi Nakamoto. »
D’autres l’ont dit avant et mieux que moi. Et les prédictions c’est facile : il suffit d’attendre d’avoir raison, la patience est la mère des vertus et même une montre cassée donne la bonne heure deux fois par jour !
Le bitcoin, j’y crois toujours et ce n’est pas pour y placer vos économies que je vous conseille de vous y intéresser : j’y vois en fait le parfait symbole du numérique, du digital (en 2018, oublions les vieilles lunes).

La revanche des geeks

D’abord, depuis que j’ai embrassé cette carrière, je n’ai connu qu’une bulle, la première. Fondatrice. Depuis, on m’a dit que Google ne valait pas le prix de son introduction en bourse, puis Facebook, et Uber et ses 22 milliards levés. Aujourd’hui le bitcoin. Bref, pas de fumée sans feu et pas de disruption sans bulle. Cela me rappelle cette phrase apocryphe de Gandhi : « D'abord ils vous ignorent, ensuite ils se moquent de vous, après ils vous combattent et enfin, vous gagnez ». On pourrait l’adapter en « d’abord il vous ignorent, ensuite ils disent que c’est une bulle, après ils vous combattent… »

Ensuite, le digital a son peuple élu : ses geeks. Que vous possédiez des bitcoins ou pas, vous devez savoir que l’ouverture d’un compte est moins évidente que celui d’un livret A. Il faut avoir confiance et savoir manipuler sa souris. On évoque souvent la veuve de Carpentras en matière de placements financiers, je doute que dans sa zone blanche, elle « trade » des bitcoins. Souvent ces derniers mois je me suis dit que le bitcoin, c’était l’acmé de la vengeance des geeks, du beau-frère informaticien que toute la famille saoule à installer des imprimantes ou réparer des box : il est devenu riche, « successful », il a des bitcoins, il a su comment les acheter tôt.

Le revers de la médaille, c’est le marché noir, le « dark net », le blanchiment. Évidemment, impossible d’y souscrire. Impossible aussi de ne pas y voir le premier véritable usage du Bitcoin et de soutenir sans vigilance la transparence et la décentralisation offertes par la cryptomonnaie qui présente l’affreux paradoxe de prôner la confiance et de favoriser tous les trafics. En décembre, on apprenait que la Bulgarie détenait près de 3 milliards en Bitcoins soit plus de 6% de son PIB et le tiers de sa dette après une saisie et l’arrestation de mafieux.
Mais là encore, c’est une règle du numérique et de sa diffusion.

Le vice, vecteur de l'innovation

Car je dois vous avouer ici que le premier site e-commerce qu’on m’a présenté en 1995 était un sexshop, je sais que la photo numérique a été lancée par des personnes qui ne préféraient pas que des inconnus aient accès à leurs photos, j’ai lu dans La théorie de l’information d’Aurélien Bellanger, que les racines de la French Tech trempent dans le minitel rose, je sais enfin que le trafic des sites porno représentent toujours aux États-Unis plus de trois fois celui du site de recherche le plus utilisé, première destination du web mondial, soit le tiers du trafic total. Le vice a toujours été l’un des principaux vecteurs de l’innovation, et c’est encore plus vrai à l’ère de l’ordinateur « personnel », du mobile et des pseudos...

Enfin, j’ai appris enfant qu’une fourmi de 18 mètres, ça n’existe pas mais j’aurais vu de mon vivant une utopie valoir 700 milliards de dollars (la « capitalisation de toutes les crypto-monnaies » la semaine dernière). Dans un monde qui mesure et pèse tout en dollar, un algorithme, un concept, qui réussissent à diviser les banques, inquiéter les gouvernements et représenter une alternative désormais crédible à ce qui faisait les prérogatives de l’État : la monnaie, le cadastre, plus généralement tous les sujets liés à la certification et à la confiance.
Et puisqu’il faut faire des vœux et des prédictions entre le foie gras et la galette, je vous souhaite encore cette année des Bitcoins, et n’hésitez pas à accepter ses avatars pour vos étrennes. Comme dit l’adage anglo-saxon : « put your money where your mouth is », l’enjeu c’est d’apprendre, pas de thésauriser.

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